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Un peu de mon histoire...

Après ma guérison (longtemps demeurée provisoire, c'est souvent le tarif) cette foutue saloperie de maladie alcoolique (car c’est son nom) et ses mystères ne cessait de m’interroger et j’avais envie d'en connaître le pourquoi du pourquoi moi ? J’ai eu bien plus tard l’opportunité de l’étudier et d’en obtenir les bonnes réponses.

Après de courtes, mais nombreuses “rechutes” je suis devenu abstinent total d’alcool en 1972 et je le suis encore aujourd’hui 28 janvier 2021. Nous avons en famille quitté l’Anjou et mes souffrances pour nous installer dans les Yvelines où un emploi d’apparence stable ainsi qu’une résidence nous étaient proposés par une personne sûre et membre de notre famille qui habitait sur place.

C’est ainsi que je suis entré chez Renault à l’Usine de Flins à 50 kilomètres à l’Ouest de Paris sur l'A13 (près de 17.000 salariés à l’époque) et pendant deux ans j’y ai occupé diverses fonctions, d’abord magasinier puis peintre en bâtiment et vitrier miroitier dont on m’a enseigné la pratique.

Mon épouse à rapidement trouvé un emploi de couturière retoucheuse en confection à l’Euromarché tout près de chez nous, qui est devenu ensuite Carrefour Flins. Nous avons loué un logement HLM à Aubergenville à moins de deux kilomètres de l'usine puis plus tard une maison ancienne dans la commune limitrophe de Flins sur Seine également.

J’ai été syndicaliste à la CGT et Animateur au Comité d’Entreprise où ai ouvert et animé un atelier de moulage de Canoës et de Kayaks en polyester stratifié pour le Service des Vacances Familiales. (j’avais appris le travail du moulage polyester quelques années plus tôt lors d’ un « bref passage » à l’entreprise PlastiForest d’Avrillé)

Grâce à l’aide du puissant Comité d’Etablissement de Renault et après quelques stages spécialisés au C.E.M.E.A (Centre d’Entraînement aux Méthodes d’Education Actives) dans la fonction d’animateur gestionnaire de Villages Vacances Familiales j’ai dirigé plusieurs années durant des structures de loisirs d’été pour les C.E. de Renault Flins et de Billancourt (en Lozère, Tarn, Ardèche, Cévennes etc.) et j’ai enfin pu me pencher sur le problème qui me torturait toujours l’esprit: L’étude de cette saloperie de maladie alcoolique ? Et c’est ce que j’ai enfin pu entreprendre en ambulatoire à l’UFR d’Amiens Picardie Jules-Verne.

Je suis devenu un Alcoologue confirmé après deux années d’étude et de stages, puis reconnu Membre expert Consultant de la Société Française d’Alcoologie [SFA] à Paris, Membre actif du Haut Comité d’étude et d’Information sur l’Alcoolisme (HCEIA) et du CDPA de Versailles animé par mon ami jean-Paul Manaranche.

Simultanément j’avais, avec la collaboration de ma DRH Renault Flins créé E.S.P.A.M (Espérance et Amitié) au sein de cette usine, pour la gestion sociale et la prise en charge des conduites d'alcoolisation en milieu de travail. Je suis devenu à ce titre une sorte d’Assistant du Service-Médical-Usine (quatre Médecins et 4  A.S. sur le site) dans ce domaine bien particulier de la prise en charge du risque alcool et des autres toxicomanies en milieu industriel.

Et ceci jusqu’à la fin de ma carrière dans l’Entreprise. Dans un même temps, la direction de l’entreprise m’avait parallèlement chargé à 1/4 temps pendant quelques années d’organiser la gestion, la maintenance, les remplacements et les achats de vaisselles et matériels de Grande-Cuisine ainsi que le suivi des analyses bactériologiques pour les trois restaurants internes de l’usine. (1500 couverts en deux services)

J’ai animé l’association E.S.P.A.M pendant toute ma carrière à l’Usine de Flins. On m'a de tout temps maintenu mes salaires et on m’avait attribué des locaux hors de l’enceinte de production où je pouvais recevoir des malades alcooliques et leurs familles. Je fonctionnait un peu comme un Centre Social. Un véhicule de service R4L était mis à ma disposition et remplacé chaque six mois, des bicyclette pour les déplacements dans les ateliers ainsi qu’une ligne téléphonique privée reliée sur l’extérieur.

Nous y avons pris en charge, suivi et hospitalisés quand ce fut nécessaire plus de 400  malades alcooliques et toxicomanes. Je dis "nous" car j’étais aidé par une équipe de 12  militants d’atelier abstinents et anciens malades par l’alcool que l’on m’avait partiellement détachés de leur poste à raison de 15  heures par mois, tout comme pour des délégués du personnel.

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