Y en a juste un peu derrière mais bon !


Eh les octo, nonagénaires

La brique, la bonne vieille brique rose, ça ne vous rappelle rien ? Moi si, pendant la dernière guerre.

Ayant été bombardés en juin 1944 à Avrillé, nous habitions (ma mère, récente veuve de guerre, mon frère et moi une baraque en bois au Parc de la Haye ayant abrité des militaires allemands encore quelques mois plus tôt.

Cet hiver 44/45 était plus froid que ceux d’aujourd’hui et nous n’étions pas très bien chauffés.

La bonne vieille cuisinière Rosière bleue1930 ronflait pourtant très fort en faisant vibrer ses vieux « ronds » fêlés, alimentée par le fameux « Boulet barré aux deux extrémités » 

Mais elle ne suffisait point à maintenir une température acceptable dans les trois pièces de la baraque. Il nous est même arrivé de retrouver de la glace dans l’évier en ciment de la cuisine le matin…

Alors chaque soir, avant d’aller nous coucher, notre mère sortait du four les briques… des bonnes vieilles briques récupérées dans des décombres voisins (c’était facile à l'époque!).

Elle crachait dessus afin de s’assurer d’une température raisonnable puis elle les enveloppait dans des pages du Petit Courrier. Elle glissait le tout dans une vieille chaussette ou une ancienne manche de gilet et nous emportions chacun son précieux colis dans notre lit.

Je me souviens que je déplaçais le paquet depuis mes pieds jusqu’à mon dos ou mon ventre plusieurs fois avant de m’endormir…

C’était délicieux et il ne nous venait pas à l’idée de nous plaindre. Mais comment étions-nous donc faits ?

J’en frissonne encore aujourd’hui à cette seule évocation, brrr. !

 


La Chocotte

À Avrillé lorsque j'étais enfant, nous appelions "chocotte", un dépotoir, on dit aujourd'hui, une décharge publique. Il y en avait probablement une dans toutes les communes bien sûr.

Les tombereaux hippomobiles des ramasseurs d'ordures "ménagères "de l'époque (les bougonniers) y déversaient leur contenu (les balayures)

Au Bois du Roi, tout au bout de la rue des Chênes où j'habitais, les bougonniers ne venaient pas mais il y avait néanmoins une "chocotte" où, un peu tout le monde venait se débarrasser de déchets et de bricoles encombrantes.

La chocotte était située en face du domicile de la famille Collet Chiffonnier et ramasseur de peau de lapin et Poupeau Garde-Chasse. C'était une ancienne carrière qui jouxtait les terres des Berthelot de la Beurrière et que l’on rebouchait à mesure que les déchets et détritus divers y étaient déposés.

Et nous, les habitants et les enfants les moins aisés (j'étais de ceux-là hélas), nous allions "chocotter", c'est-à-dire chercher et rapporter des "trucs", des "machins, matériels ou ustensiles apparemment encore utiles ou bien « qui pourraient servir » !

Des adultes allaient aussi "faire un tour à la chocotte" à la recherche d'un morceau de bois, un bout de fil de fer ou autre métal pour bricoler à la maison. Ce nom féminin de "chocotte" dont aucune encyclopédie ne mentionne l'existence se prononce encore aujourd'hui en Anjou et je la prononce encore volontiers (mes fils également) pour désigner quelques décharges sauvages.

- T'as vu, à tel endroit, y a une chocotte !

Bien sûr, j'aurai plaisir à voir ce mot prendre quelque part la place qui lui convient c'est pourquoi je l'ai proposé à Wiki Anjou où j’étais quasiment sûr qu'il en trouverait une ?

Et il y en a trouvé une, figurez-vous !