y en a juste un peu derrière...


"Le Champ d'Aviation d'Avrillé"

 

 

Le Champ d’Aviation on dirait aujourd'hui l’aérodrome...

Parlons-en…

Quand j’étais gamin, 10/14 ans, on l’appelait encore «le champ d’aviation ». Ce noms lui était sûrement centenaire...

Nous habitions, juste en face, rue des Chênes.

J’y ai vu décoller et atterrir, Junkers, Stukas et Dornier 17 de la Luftwaffe. Et aussi un certain 17 juin 1944 je l'ai vu en partie  bombardé (par erreur) par les énormes avions alliés. Je dis par erreur car un grand nombre des bombes qui lui étaient destinées s’ont tombées sur des habitations du Bois du Roi proche,et ailleurs aussi, faisant une soixantaine de victimes.

C’est là, hurlant et en larmes à quarante mètres du champ d'aviation que j’ai vu, j’avais onze ans, extraire des ruines du café de Renée et  Jean Léturgie une demi-douzaine d’amis et voisins, pantelants ou morts.

Quelques années plus tard, adolescent, j’ai passé beaucoup de temps sur ce « champ d’aviation », passionné par les avions et les planeurs de l’Aero Club de l’Ouest renaissant. Mes vieux oncle et tante y étaient devenus concierges.

J’étais connu de tous les pilotes et autre acteurs de l’aviation locale. Je me rendais utile sur les pistes, notamment au Vol à Voile et j’étais fier de tenir le bout d’aile d’un 301, d’un 310 P ou d’un Grunau au décollage.

Je connaissais les caractéristiques de tous les avions et planeurs à force de parler, d'interroger et surtout d’écouter des gens admirable de connaissance et de compétence dont J’ai encore beaucoup de noms en tête.

Peut-être n’a-t-on pas le droit de citer les noms mais il me faut quand même rappeler celui du merveilleux, prestigieux et flegmatique René Hersen "Patron" du vol à voile, qui un soir en rentrant le matériel m’a offert mon (court) baptême de l’air sur le bon vieux C800 Douelle.

L’ascension se fit « à l’aide de l’antédiluvien « treuil Landreau », qui enroulait dans un bruit infernal, un câble usé hélas, aux nombreux nœuds qui - ce fut ma grande peur ce soir là - se cassât à nouveau à 200 mètres.

Le temps était magnifique en cette fin de journée de juillet, ça "pompait" encore un peu et je vis pour la première fois et pendant quelques inoubliables minutes, l’aérodrome et ses abord, « d’en haut ».

Je criais de bonheur et René Hersen s'amusait beaucoup...

Une grande ferveur pour les choses de l’aéronautique m’est restée au cœur depuis ce soir là. Malheureusement je n’eus point les moyens financiers de devenir l’un de ces pilotes qui plus tard pour certains ont laissé leurs noms jusque dans les annales de l’Aviation internationale, et je devins…marin.

Aujourd’hui, le « Champ d’Aviation » n’est plus mais je m’y vois encore certains après-midi de grand soleil, avec les pilotes au repos à l’abri de la petite chênaie dont - maintenant quelle est grande - on prends un très grand soin, entre les deux voies de la nouvelle route d’Avrillé.

Quand je ferme les yeux, je "LE" vois encore d’EN HAUT…

Les victimes du Bombardement du Bois du Roi du samedi 17 juin 1944.

Madeleine BEDOUET, Jean-Baptiste BRARD, Marie BOIVIN, Eugénie BLOUIN

Joseph CAISSON, Maurice CHAUVEAU, Etienne DUPUY, Odette FREMY

Marie-Louise FROUIN, Guillaume GEOFFROY, Lucien GILLES,

Marguerite HAYERE, Mathurin LE GARGEAN,

Renée et Jean LETURGIE

 

La vie aux Baraquements du Parc de la Haye d'Avrillé

après la guerre de 1939/1945

 

Certains lecteurs de cette histoire pourraient à juste titre s’étonner qu’après plus de 75 années, je puisse encore la “raconter” avec autant de précision dans les détails.

Bien sûr que je ne l’ai pas inventée la semaine dernière.

Cette histoire vraie est une compilation “mise à jour” petit à petit d’un article que j’avais commencé d’écrire dans les l’années cinquante et qui pendant longtemps n'a occupé qu'une seule page...

Au fil du temps j’ai glané ça et là au hasard de rencontres des éléments de décors et des témoignages de personnes ayant vécu aux époques que j’évoque ici et ainsi d'étoffer mon récit.

À la “faveur” de la période de confinement Covid 19 que nous traversons tous actuellement, l’idée m’est venue - ne trouvant plus rien leur ajouter - de ressortir mes vieilles notes et de les publier audacieusement avant que ma mémoire ne commence à me jouer des tours et  à l’aide de ce moyen moderne, le Blog Internet.

Quoiqu’il en coûte, dirait l’autre !

Je ne suis pas journaliste et encore moins écrivain, je me promène seulement dans la vie avec mon raisonnable petit bagage acquis à l’École Élémentaire, c’est pourquoi je vous demande de bien vouloir m'accorder votre indulgence…

Henri VINCENT le 18 mai 2020 

 

Le bombardement du 17 juin 1944 avait rendu inhabitable le petit chalet de bois déja bien vétuste que nous habitions ma mère, mon frère de six ans mon cadet et moi - notre papa étant mort pour la France à Givet le 19 mai 1940 - rue des Chênes au Bois du Roi d’Avrillé, en face de la rue des Fleurs.

C’était l’un de la demie-douzaine de ces petits chalets construits dans les années 20 dans le Bois du Roi ainsi que dans le quartier de la Caserne.

Après avoir été hébergés momentanément dans une ancienne ferme à Brain sur Longuenée chez la bonne Madame Guillet à la Boulay, nous revînmes vers Avrillé après la libération pour être relogés au Parc de la Haye dans des baraquements en bois ayant été occupés par les Allemands  

Ces baraquements avaient abrité des hommes et des femmes des troupes d'occupation chargés d’un poste d'émissions radio relié aux installations de Pignerolles à St Barthélémy d’Anjou.

 Ces bâtiments en bois étaient pour certains accolés à des bâtiments « en dur » dont l’un était équipé de sanitaires, douches, et lavoir. Les autorités municipales d’Angers et d’Avrillé avaient transformé en appartements « sociaux » d'urgence ces locaux ayant servi à d’autres usages. Puis il y en eut d’autres de construits ensuite sur le même modèle, mais seulement en bois.

À notre arrivée, quelques-unes de ces baraques étaient encore ceinturés à un mètre de distance de murs d'argile rouge et de paille mélangés d’un mètre d’épaisseur et de deux mètres de haut coiffés de plaque de ciment ? Des chicanes en protégeaient les entrées, le tout conduisant à des tranchées encore béantes et destinées, je suppose, à fuir en cas d’attaque. Les Services de la Ville déconstruisirent rapidement des « murailles de terre et rebouchèrent les tranchées, donnant à ce village bizarre un aspect un peu plus accueillant.

Les baraquements étaient construits à proximité du magnifique bâtiment ayant appartenu à une riche famille angevine et devenue longtemps après la Clinique St Didier. Ce très bel hôtel particulier de quatre étages et deux terrasses que nous (les nouveaux voisins) appelions le « Château » avait abrité de hautes autorités militaires de l’occupant. Il était flanqué à sa droite d’un grand hangar à usage de garage sans doute. L'actuel bâtiment a été aujourd'hui agrandi de 1/3 par rapport à l'original.

À proximité de cet ensemble, les occupants avaient creusé et aménagé une sorte de piscine, réserve d’eau en cas d’incendie, peut-être. Ainsi que deux tranchées de 10 mètres sur 6 environ et de deux mètres de profondeur remplies d’eau dans lesquelles tous les deux mètres trempaient des câbles de cuivre. Une installation en rapport m'a-ton dit avec la fonction de brouillage (ou d'émission ?) des ondes radio, dont les occupants, avaient la tâche.

Il y avait sans doute eu d’âpres combats sur le territoire de cette propriété et autour d’elle, car le « château » lui-même portait de nombreux stigmates de la guerre récente. Fenêtres arrachées, impacts de forts calibres sur les murs, traces de flammes, etc.

Quel terrain de jeu magnifique que cet édifice grand ouvert et libre d'accès, pour nous les gamins des nouveaux locataires qui en achevâmes la démolition de la cave à la terrasse.

Pendant le premier mois de notre investigation du quartier, nous avons ramassé des quantités de munitions diverses abandonnées par les soldats des deux camps, un peu partout. Une de ces munitions devait provoquer, un certain mercredi 29 novembre 1944 un très grave accident qui a failli coûter la vie à quatre ou cinq de ces gamins. L'un d’eux, mon frère Michel raconte en 2011 :

"Nous jouions, quelques gamins et moi, cinq au total, au beau milieu de cette sorte de « carré » de bâtiments, au bord de la « piscine. » L’un d’entre nous, Jeannot, qui lui n’habitait pas notre « cité » avait une drôle de chose à la main* trouvée peut-être quelques jours auparavant   les fourrés voisins. Nous étions assis tous les cinq sur le petit muret d’ardoise de la piscine.

Je vois encore son geste, à trois mètres de moi, le début du geste seulement, car ensuite…? Il lève la chose au-dessus de sa tête et l’abat entre ses jambes sur les pierres…

Mon souvenir est une espèce de bruit indéfinissable, bref, aigu, comme au-delà de la perception… L’intensité la déflagration me fait quasiment perdre connaissance et je retrouve mes sens à quelques mètres de là, traînant une jambe ensanglantée et multiples autres blessures de mon côté gauche ; notamment une profonde plaie à la tempe dont le sang m’inonde une partie du buste.

Je rampe tant bien que mal dans les feuilles mortes, cherchant le chemin de notre maison pourtant toute proche. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu mal. Ce doit être ainsi dans les guerres, on doit mourir étonnés…

Je ne sais plus qui ou comment quelqu’un me ramasse dans mon périple de moribond ensanglanté, mais on me rapporte chez ma mère qui, aidée d’une voisine vont éponger mon sang avec des linges divers. Puis je perds un peu connaissance, je ne crie pas, j’ai enfin mal…

Une auto m’emporte à l’hôpital où l’on me couche sur une drôle de table, on m’emprisonne bouche et nez dans un masque malodorant et … … Je me réveille le lendemain hurlant de douleur cette fois, couvert de pansements dans l’immense salle St Nicolas parmi une vingtaine d’autres gamins blessés qui souffrent eux aussi plus que de raisonnable de divers accidents de leurs jeunes existences.

Des religieuses en cornettes ressemblant à des oiseaux blancs (des filles de St Vincent de Paul), s'affairent d’un lit à l’autre… Je resterai là de longues semaines et ne regagnerai le Parc de la Haie qu'au début de l’année 1945, claudicant et un peu handicapé.

Quant au malheureux Jeannot qui avait fait exploser le misérable engin, il avait été beaucoup très gravement touché et quasiment laissé pour mort, m’a-t-on raconté plus tard. Il avait totalement perdu un œil et un morceau de son crâne. Il dut subir une importante trépanation.

Il put malgré ses blessures, plus tard devenu grand, débuter une belle carrière « d’homme de cheval », comme son papa. Les trois autres n’étaient que légèrement touchés et ne furent pas hospitalisés.

* De mémoire et après recherches effectuées par mes soins beaucoup plus tard, il s'agissait d'une grenade à fusil américaine de type antichar AT M9 (photo). Nous les connaissions bien pour en avoir rapporté plusieurs à nos parent ".

Ce qu'à l'époque nous appelions "Le Château" et qui est devenu la Clinique St Didier était moins luxueux qu'aujourd'hui. Peint en vert foncé et noir (camouflage) que celui figurant ici. La mezzanine n'existait pas et le corps du bâtiment était plus étroit de 1/3 par rapport à l'actuel (la marque de la partie rajoutée se voit sur la photo)

Puis notre joyeuse vie d’enfants libres reprit son cours et les recommandations des adultes furent bien vite oubliées. Nous reprîment possession de notre vaste royaume de jeux et nos découvertes de nouvelles munitions furent encore fréquentes malgré des interventions soi-disant effectuées par des « services spécialisés ».

Plusieurs fois nous avons localisé d’autres grenades à fusil du genre de celle qui avait causé l’affreux drame. À chaque fois nos parents avaient informé Monsieur Cavigneau et celui-ci avait fait intervenir rapidement les spécialistes.

Je ne me souviens plus quelles étaient les attributions exactes de ce monsieur Cavigneau, mais il était, je crois, un peu une sorte de garde champêtre promu par la Commune et missionné pour "policer" le domaine du Parc de la Haye. Il dégageait une redoutable autorité était très respectée. Nous les gamins, nous le fuyions plutot !

Je me souviens que les enfants de la guerre que nous étions, jouant à la guerre avec de vraies munitions lui ont donné quelques fils à retorde ! Monsieur Aurélien Cavigneau* qui était voilà peu de temps encore une grande figure d'un réseau clandestin de résistance ouvrira sur la route de la Meignane, juste avant l’entrée de la rue du Cdt Ménard, une petite épicerie qui ne désemplira pas, éclairée du sourire de sa charmante épouse.

Pour nous, les 11/15 ans, les munitions dont nous raffolions le plus étaient les balles de fusil, car il nous était facile d’en vider le contenu après les avoir desserties en coinçant le bout pointu et faisant une pression latérale sur le corps. Nous en avons ainsi vidé des centaines et récupéré la poudre pour l’enflammer de diverses manières…

Une anecdote à ce sujet :

Dans le courant de l'été 1945, après avoir péniblement charroyé à l’aide d’une antédiluvienne brouette en bois ou peut-être le châssis d'un ancien landau, je ne sais plus - et en évitant de rencontrer quelqu’un - plusieurs bandes de balles de fusil mitrailleur découvertes dans le bas du Boulevard Hildegarde je crois, nous avons décidé d’organiser un de ces jours, un feu d’artifice près du « château », sous le petit hangar.

Je dois préciser ici que dans notre équipe nous avions André un « meneur » un peu plus vieux que nous. J'avais 12 ans. André était un garçon de 16 à 17 ans que nous avions surnommé Péco, qui s’il était probablement illettré, était d’une rare intelligence et une source inépuisable d’idées folles.

Péco donc décidé ce "jour là" de mettre SA dernière idée à exécution...

Mise en œuvre de l’action : Un tas de (peut-être) 50 grammes de poudre noire un peu étalé en forme de galette de 20 centimètres de diamètre sur une pierre d'ardoise et posé dessus une botte d’une vingtaine de balles de divers calibres solidement ficelées avec de la ficelle ou du raphia ?

La mise à feu à distance, environ dix mètres, devant être assurée par une coulée d’un liquide inflammable (une espèce de liquide épais et noir…?) contenu dans un bidon en fer blanc trouvé dans la chaufferie du « château ».

À l’endroit de la mise à feu, nous sommes, heureusement, ce jour là environ huit à dix lascars de 7 à 17 ans,  sur les conseils de Péco, au bas des cinq à six marches d'accès à cette chaufferie au moment où celui-ci gratte au mur son allumette soufrée SEITA.

Immédiatement, ça flambe, et les flammes avancent doucement vers le hangar distant de Sept à huit mètres. Si doucement qu’un moment, on peut craindre l’échec. Il fait pourtant très chaud ce jour là et nous sommes en plein après-midi.

Le feu « reprend » soudain et atteint la botte de balles et la poudre et c’est la fulgurance ! Une boule de feu de la taille d’une voiture, les gens ! Qui dure cinq secondes et puis plus rien.

On s’apprête à remonter pour aller voir quand c’est l’explosions des balles… Un boucan d'enfer bien entendu...

Ça part dans tous les sens et surtout vers le haut où les tôles du toit de fibro "Eternit ondulée grandes ondes" (je précise!) semblent avec nous applaudir l’exploit.

Aujourd’hui je suis certain que notre espèce de « botte d’asperges » devait aussi contenir de redoutables balles explosives…

Mais quand même mes amis, quelle superbe pétarade quelle joie, et quel bonheur...

Et quelle prise de risques aussi, quelle insouciance surtout.

Et voilà des adultes qui rappliquent en courant et vociférant les noms d’oiseaux en usage dans notre collectivité et non prononçables ici bien sûr.

Ça fume encore à l’endroit de l’exploit, mais nous sommes déjà loin, nos talons nous "pétant" au fesses !

 

Je ne suis pas sûr que certains d’entre nous n'aient eu droit le soir à une bonne raclée et si les gendarmes ne sont pas venus c’est surtout parce que « les gens des baraques » ne souhaitaient pas trop leur présence ici.

Notre domaine de jeux était immense et pourtant nous en connaissions chaque mètre carré. C’était l’aventure permanente sous des genêts immenses et touffus où nous construisions de magnifiques cabanes.

Où bien dans les arbres où nous étions Tarzan, Jane et Chita comme dans les films que Monsieur Bourgouin des Tournées France Cinéma venait projeter chaque mois dans une des salles de l'un des bâtiments "en dur" qui avait été aménagée en "salle des fêtes"

Nos Janes à nous étaient multiples et déchiraient comme nous le fond de leur culotte Bateau aux branches et aux épines.

Que de batailles d'Indiens et de Sioux maquillés à la mure écrasée dans une boite kaki trouvée là et ayant contenu le Corned-Beef de l'armée américaine.

Que d'arcs et de flèches empruntés aux forêts de noisetiers du lieu. Que ne navigations hasardeuses sur l'étang St-Nicolas à l'aide de barques non cadenassées empruntées à des pêcheurs trop confiants.

Aux baraquements, les parents de nos enfances étaient pour la plupart sortis "meurtris" après de longues années de privation, d’insécurité, de peurs et de deuils.

Ils pensaient surtout à revivre, ou seulement à vivre… Enfin !

Dès 1945, un petit comité des fêtes avait vù le jour, et j'ai le souvenir de belles journées et soirées de joie qui furent organisées dans La Salle.

Quelques habitants du Parc de la Haye y participaient, notamment les demoiselles Le Noble qui étaient de remarquables animatrices. J'entends encore aussi vibrer la superbe voix de Margot Méaule, un amour de dame et un bout en train extraordinaire…

Il y avait du travail quasiment pour tout le monde, les gens vivaient dans une sorte de bonheur inconscient retrouvé, voire découvert pour certains d'entre eux. Il n’y avait pas de misère chez les gens modestes de ces familles qui finalement formaient une « grande famille » rassemblée là derrière les arbres, un peu caché c'est vrai, en retrait et qui n’apparaissait pas trop aux « gens bien » depuis la route.

Ils étaient là comme des réfugiés ayant perdu leur logis détruit par la guerre ou récupérés par des propriétaires peu scrupuleux bien heureux de se séparer de gens de peu. Ils venaient d'Avrillé, de la Doutre, du quartier St-Nicolas. Il y avait une grande solidarité aux Baraquements.

Chacun avait à cœur d’aider ou dépanner un voisin. Les quelques chamailleries de voisinage du samedi soir auxquelles j’ai pu assister se sont le plus souvent éteintes naturellement.

Nous les gamins (et aussi un peu les adultes) nous amusions beaucoup les fins de semaine du spectacle sans danger du retour au bercail de certains hommes, sur les premières mobylettes.

Il fallait les voir négocier les 80 mètres du difficile sentier étroit et tortueux - tant il avait été conservé d'arbres autour de nos baraques - regagner les jours de chance sans trop d'encombres leur domicile...

Les jours de poisse, ça pouvait être la « gamelle » superbe, la tête première dans les genêts ou le roncier et l’arrivée de l’épouse éplorée venant aux secours en invoquant son Dieu…

Quel merveilleux et cruel plaisir quand-même ?

Il n’y a jamais eu de drame de sang aux baraquements ni même de brutalités. Il y avait hélas, beaucoup d’alcoolisme dans ce milieu de travailleurs, de maçons, de terrassiers, de tâcherons, de journaliers de ferme, de manœuvres de Montreuil-Belfroy, de Bessonneau, des Fours Martin de Montrejeau, d’anciens de « la guerre 14 » etc.

Il y avait également des grands malades souvent pulmonaires, des infirmes et quelques vieillards. C’était un peu la Cour des Miracles aux baraquements, mais on était bien…

L’Amour, l’Amitié et le vin rouge veillaient sur notre cité, c’est sur !

La « baraque » que nous habitions avec ma mère était presque un palace pour l’époque… Elle avait été construite à la hâte après les hostilités par le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU) sur le même modèle un peu amélioré que celles déjà construites par l’occupant.

Certaines de ces six ou sept baraques comprenaient quatre à cinq logements contigus. La nôtre, deux seulement. Totalement construite en bois et recouvertes de planches de pin selon la formule du bardage à chevauchement horizontal, les « murs » de 15 centimètres d’épaisseur environ contenaient des feuilles isolantes d’aluminium que l’on entendait froisser les jours de vent d’hiver.

Ce n’était pas du tout étanche… Et nous y avons eu souvent très froid. Le toit était couvert de papier goudronné retenu par des lattes, sur lequel les glands des chênes faisaient un boucan d’enfer les jours de tempête.

Il faut dire qu’il avait été conservé un maximum d’arbres autour des baraques, et que certains d’entre-eux étaient à moins d’un mètre de la maison, à tel point que chez nous, nous n’avons jamais pu ouvrir complètement un des volets de la chambre de ma mère.

Quatre pièces avec du parquet partout constitué de planches disjointes dont il fallait de temps en temps renfoncer les clous et qui grinçaient à l’horreur. Il faut dire que la baraque craquait d’un peu partout selon le grand soleil ou les intempéries

Dans la cuisine-salle commune, nous avions un évier carré en ciment lissé muni d’un unique robinet où nous venions chacun à son tour faire notre toilette. Pas encore de chauffe-eau bien sur, le fourneau à « Butagaz » arriverait bientôt dans tous les foyers.

Il fallait réchauffer de l’eau dans une casserole rapiécée sur la bonne vieille cuisinière Rosières bleue sauvée du bombardement et alimentée avec le célèbre "Boulet Barré aux Deux Extrémités" que nous livrait le père Rabergeau avec son plateau à pneus… et à cheval.

Des toilettes équipées d’une chasse d’eau en fonte qui faisait le bruit monstrueux d’une énorme régurgitation, quand on tirait la chaine… Finie, "la cabane au fond du jardin" de la Rue des Chênes… Mais, je l’ai dit par ailleurs, nous étions bien… Nous mangions à notre faim malgré les « tickets » qui rationneraient pour quelque temps encore l’approvisionnement de quelques denrées alimentaires.

Le confort moderne ici vous dis-je, l’eau courante, l’électricité, chacun sa chambre, bien supérieur à celui de notre maison précédente, à la différence cependant que là-bas il fallait « tirer de l’eau »  au puits avec la « seille » pendue au bout d’une chaîne qui s’enroulait autour un rondin biscornu muni d’une manivelle et qui couinait à chaque tour.

La chaîne cassait souvent et il fallait récupérer l’ensemble avec le grappin du voisin, Marcel Nolin qui procédait à une réparation avec du fil de fer.

Depuis que nous habitions « aux baraquements » mon frère et moi allions à l’école d’Angers dite du Boulevard de Laval et devenue André Moine en 1946, le dit Boulevard étant lui même, devenu le boulevard Clémenceau.

Trois kilomètres à pieds matin et soir tout au long de la rue de la Meignane les pieds chaussés galoches à semelle de bois protégées par des bandes de caoutchouc découpées dans des pneus d'auto que cloutait notre mère, le soir sur le "pied-de-fer" de feu notre papa qui avait été cordonnier. Maman avait elle aussi travaillé avec papa "dans la chaussure" chez Goirand, rue Vauvert à Angers.

Emmitouflés dans nos « capuchons » de toile cirée nous trottinions ainsi par tous les temps au son du contenu de nos plumiers en bois.

La charge de mes « devoirs » était bien moins importante que celle charroyée par les écoliers d’aujourd’hui et tenait facilement dans ma petite « musette » kaki US-Army à côté de mes tartines du repas de midi…

Dans cette école, mon frère et moi avons été très studieux et nous y avons reçu - selon l'expression consacrée «  Not'Certificat ! ».

Nous étions quatre ou cinq à faire ce trajet et quelquefois nous l’agrémentions d’un jeu qui consistait à accompagner « à coups de pied », et « à toi et à moi » et en pleine rue, une vieille - et rare encore - boite à conserves.

Au bout d'un kilomètre ou deux, nous cachions l’inestimable objet cabossé afin de le récupérer le soir pour le trajet inverse…

Ma mère équipait mes galoches à bouts carrés avec des protections métalliques des sortes de parechoc, qui se vendaient à l’époque…

Notre mère habitera une quinzaine d'années aux "baraquements". Quand je ferme mes vieux yeux, je revois quelque images de mon Parc de la Haye de ces années la...

En remontant la rue de la Meignane depuis Angers par la rue de la meignade après avoir laissé sur la gauche le petit chemin de Roc-Epine, je revois les lopins de terre que la municipalité nous avait attribués gratuitement et que nos mères et pères avaient défrichés « à dos brisés » et ensemencés de ce qu’ils appelaient plaisamment et désormais des « kartoffels » parodiant ainsi les troupes d’occupation qui avaient tant recherché ces tubercules.

Puis après, sur la droite peu avant le rond-point de l'actuel Val d’or, Madame et Monsieur Cavigneau avaient, dans une dépendance, ouvert une épicerie où les gens des baraquements venaient acheter l’essentiel des courses.

Juste en face, la ferme Perreau dont l’entrée, était ornée de deux énormes conifères dont l’un est encore vivant. Plus loin à droite (au 29) il y avait l’entreprise des transports Réveillère, la grande porte du garage est encore visible.

Puis, la Maison du Chapelain et le Café Hôtel Restaurant St Louis de Madame Boisneau où je suis revenu le Premier Mai 1957 célébrer en famille, mon mariage.

Juste en face du restaurant, l'entrée du Champ des Martyrs dont les dévouées religieuses infirmières (Sœur Cécile) venaient aux "baraques "faire les piqures" et rendre beaucoup d'autres services de caractère "puériculturels" et mettre au service des jeunes mamans inexpérimentées des conseils leur faisant souvent défaut hélas.

En entrant dans la rue du Cdt Ménard, à l’angle de la rue des Chataigners, un petit bistrot dont la maison existe encore et qui accueille l'Agence Prisma Immobilier. Ce bistrot était exploité par une dame veuve, Madame Ferron.

Une délicieuse petite bonne femme que j’allais quelquefois aider à pousser sa baladeuse pour aller chercher des tonnelets de vin et des bouteilles d’une boisson nouvelle qui portait le nom de "Raspail" du nom de la rue où nous allions charger notre cargaison.Les habitués de l'estaminet avaient baptisé cette boisson "le rince-paille!"

La rue Emile Savigner n'existait pas encore. Le digne notable sera encore Maire d'Avrille jusqu'en 1959…

Plus loin, sur la droite, deux ou trois maisons entourées d'arbres, dont celle de la "Mère Lépicier" qui possédait une énorme cloche que nous allions agiter, quelquefois, pour s'amuser un peu.

Puis, faisant l'angle de la rue Anne-Marie Voillot la Villa Minerve, superbe maison jumelée de type Art déco, occupée par deux familles. Plus loin encore j'ai le souvenir de Jean Monclin l'entraineur de chevaux que nous regardions et entendions, travailler ses chevaux quelquefois.

Puis la belle maison toute en couleurs également de style Art déco de la famille Le Noble qui portait le nom de "Mékaro". En face, la rue Geoffroy Martel (était t-elle déjà Boulevard ?) et son célèbre restaurant Le Petit Clamart où plus tard ma maman à travaillé quelques années.

Au fond du Parc, la Colonie du Chêne Fournier près de la ferme Riou ou nous allions chercher du lait encore tiède.

Il y avait peu d'habitants au Parc de la Haye dans les années 40, la vingtaine de grosses maisons, souvent dites "bourgeoise" étaient éloignées les unes des autres. Beaucoup d'autres propriétés closes étaient le plus souvent plantées d'arbres et comportaient une petite bicoque de quelques mètres carrés qui était habitée le dimanche.

Et puis des chênes, des chênes… et des châtaigniers plutot jeunes et des genêts et des ronces et des fougères immenses partout, presque la forêt…

Notre forêt.